Production agricole de drogues illicites et conflictualités intra-étatiques : dimensions économiques et stratégiques

Nov 4th, 2011 | By | Category: Afghanistan, Alternative development / Développement alternatif, Articles, Burma / Birmanie, Cahiers de la sécurité, Cannabis, Coca, Food security / Sécurité alimentaire, Forced eradication / Eradication forcée, Français, Geopolitics / Géopolitique, Laos, Methamphetamine / Méthamphétamine, Morocco / Maroc, Opium, Pakistan, Production, Prohibition, Sub-Saharan Africa / Afrique subsaharienne, Thailand / Thaïlande, Traffic / Trafic, War / Guerre, War on drugs / Guerre contre la drogue

Production agricole de drogues illicites et conflictualités intra-étatiques : dimensions économiques et stratégiques

 Pierre-Arnaud Chouvy (CNRS-Prodig), Laurent Laniel (Inhes) [1]

Les Cahiers de la sécurité, n° 62, troisième trimestre 2006, pp. 223-253

 

Résumé:
À travers des cas d’étude choisis parmi les principales régions productrices de drogues illicites au monde (Afghanistan, Afrique de l’Ouest, Birmanie, Bolivie, Colombie, Maroc et Pérou), cet article brosse un panorama mondial dans l’objectif de mieux comprendre comment ces productions peuvent soit favoriser l’émergence de conflits, soit faciliter leur prolongation ou, à l’inverse, prévenir certaines crises. Ce sont ainsi les relations complexes qu’entretiennent l’économie agricole des drogues illicites et les conflictualités qui sont analysées dans le contexte déterminant du sous-développement et de la mondialisation.

 

Si, de par son caractère illicite, la production agricole de drogues peut certes affecter la sécurité internationale, surtout à travers la violence armée qu’elle suscite et l’utilisation des profits qui en résultent (financement de groupes armés, d’organisations criminelles, voire d’organisations terroristes), il n’en reste pas moins important de dépasser la seule dimension sécuritaire et d’envisager la globalité du phénomène, depuis les causes du recours à l’économie des drogues illicites, jusqu’aux effets même des réponses qui y sont apportées.

 À travers des cas d’étude choisis parmi les principales régions productrices de drogues illicites (Afghanistan, Afrique de l’Ouest, Birmanie, Bolivie, Colombie, Maroc et Pérou), cet article brosse un panorama mondial dans l’objectif de mieux comprendre comment ce type de production peut favoriser l’émergence de conflits, faciliter leur prolongation ou, au contraire, prévenir certaines crises. Ces trois questions interrogent donc les liens qui unissent l’économie agricole des drogues illicites et les conflictualités dans le contexte déterminant du sous-développement et, a fortiori, de la mondialisation.

 La diversité des conditions locales du recours à l’économie des drogues illicites

Dans ces pays, les régions principalement concernées par la culture du pavot à opium, de la coca ou du cannabis souffrent de déficits alimentaires plus ou moins graves et ne bénéficient parfois pas (région wa de Birmanie) ou plus (destructions des canaux d’irrigation en Afghanistan) de techniques d’irrigation ou des moyens de les mettre en œuvre. Dans le Rif, au Maroc, la tendance à la monoculture du cannabis, véritable manne économique dans cette région fragile écologiquement, a poussé au délaissement progressif de l’agriculture vivrière, avec tous les effets pervers que cela provoque.

 Mais au-delà de ces facteurs proprement liés aux modes d’exploitation agricole, le recours à l’économie des drogues illicites est également encouragé par les spécificités même du marché de ces produits, que ce soit à l’échelle locale, nationale ou internationale. En effet, rappelons qu’en règle générale les prix à la ferme de l’opium, de la coca et du cannabis sont de loin supérieurs à ceux des productions agricoles vivrières (blé, riz, orge, maïs, yucca, igname) ou même de rente (cacao, café, thé, bananes, canne à sucre, agrumes, etc.). Celles-ci ne permettent de toute façon pas, dans les contextes de sous-développement qui sont ceux de ces régions, de garantir l’autosuffisance alimentaire des populations concernées. De plus, l’opium et les dérivés du cannabis que sont le haschich et la marijuana se conservent bien et longtemps, à la différence d’autres productions agricoles ; ils peuvent donc être stockés par les paysans et constituer une forme d’épargne souvent vitale. La coca, en revanche, perd rapidement l’essentiel de ses substances actives, une fois cueillie. Elle doit donc être rapidement transformée en sulfate, ou « pâte de coca » (le produit intermédiaire à partir duquel est ensuite raffiné le chlorhydrate de cocaïne) par un processus chimique élémentaire, la plupart du temps mis en œuvre par les cultivateurs eux-mêmes. De la sorte, ces derniers s’insèrent plus avant dans l’économie illicite dont ils sont, donc, un peu plus dépendants. En outre, la coca (contrairement au sulfate et au chlorhydrate de cocaïne) n’est pas, en Bolivie et au Pérou, une denrée illicite dans la mesure où elle donne lieu à des usages licites fortement valorisés par les sociétés andines en général, et joue un rôle fondamental dans la culture des peuples autochtones (Quechua et Aymara, majoritairement). Ce statut ambigu de la coca, denrée à la fois licite et illicite, rend plus complexes encore les enjeux qui entourent sa culture en Bolivie et au Pérou [TNI, 2006].

 L’opium, la coca et le cannabis ont aussi la particularité, en tant que productions illicites fortement valorisées et recherchées, de donner à de nombreux paysans accès au crédit, comme en Afghanistan par exemple, où le système salaam veut que l’opium puisse être acheté par les négociants une ou deux années à l’avance, ou que les paysans puissent littéralement emprunter en prévision des récoltes à venir. À l’échelle mondiale, le marché des drogues illicites possède un attribut supplémentaire facilitant sa pérennisation, voire sa croissance : l’offre y est élastique alors que la demande est, elle, largement inélastique.

 La diversité et la complexité des impacts du recours à l’économie des drogues illicites

 Les impacts du recours à l’économie des drogues illicites sont extrêmement divers et présentent une grande complexité. Les conséquences environnementales ou sanitaires figurent ainsi en bonne place parmi les dimensions négatives de ce recours : dégradations accélérées des couvertures forestières (abattis, brûlis) et des potentiels pédologiques (épuisement et lessivage des sols, en Bolivie, Maroc et au Pérou notamment) ; pollutions des sols et cours d’eau (par rejet des produits chimiques servant à produire héroïne, sulfate et chlorhydrate de cocaïne) ; développement de la consommation d’opium et/ou d’héroïne, de pâte ou de chlorhydrate de cocaïne, et de marijuana avec ceux de la toxicomanie et de la diffusion du VIH-sida par le biais de l’injection par voie intraveineuse dans des conditions d’abandon sanitaire et de persécution des usagers (Afrique de l’Ouest, Birmanie). Les politiques de suppression forcée par aspersion de désherbants chimiques ont également des effets sanitaires néfastes sur les populations, le bétail et les produits agricoles licites. De manière plus générale, ces épandages vont à l’encontre de la protection de l’environnement. L’utilisation de défoliants biologiques (mycoherbicides), qui sont déjà à l’essai, risque d’avoir des conséquences encore plus négatives.

 D’un point de vue sociopolitique, les impacts et les conséquences du recours à l’économie des drogues illicites ne sont pas moins importants. Ainsi, en Afghanistan et en Birmanie, l’opium est devenu, du nerf de la guerre, l’un de ses enjeux principaux, conditionnant donc le développement économique à l’obtention de la paix, et vice versa [Chouvy, 2002]. En Bolivie, le dur conflit social qui a longtemps opposé les producteurs indiens de coca au gouvernement créole de La Paz, soutenu par Washington, ne relève pas seulement de questions agroéconomies mais aussi de problèmes socioéconomiques, ethniques et géopolitiques. Au Maroc, les contentieux historiques entre les Berbères de la région du Rif et l’État sont pour beaucoup dans leur délaissement par celui-ci et dans la tolérance de la production illicite de cannabis qui y a cours. En Afrique de l’Ouest, en revanche, il semblerait que la culture du cannabis constitue avant tout une réponse sociopolitique des élites locales à des blocages structurels (épuisement des réserves forestières) affectant principalement des cultures d’exportation licites parmi les principales de la région que sont le cacao et le café. La production cannabique contribuerait ainsi au maintien d’un statu quo tant au Maroc qu’en Afrique de l’Ouest [OGD, 1998].

 À quelles conditions, et dans quelle mesure, l’économie des drogues illicites permet-elle alors la perpétuation ou la prévention des conflits lorsque le développement économique ou la survie de certaines populations est en jeu ? Quels sont donc les impacts de la production agricole de drogues illicites selon que les pays producteurs connaissent des situations de conflit ou non ? L’économie des drogues illicites sert-elle forcément la pérennisation de conflits ou peut-elle aussi maintenir certains équilibres politico-économiques fragiles ?

 L’opium dans les transitions des économies de guerre aux économies de paix en Asie

 Guerre et production de drogues : une relation symbiotique ?

 En Asie, la paix et les conflits au sein de certains États ont été affectés, parfois même conditionnés, par l’existence de productions agricoles illicites et du trafic auquel elles ont donné lieu. Mais, du fait de pertes de contrôle politico-territorial, les conflits de certains États ont aussi permis et encouragé le développement de ces mêmes productions agricoles et trafics. Ainsi, des effets de système significatifs ont longtemps existé entre les économies de guérilla et de guerre civile, d’une part, et celles qui procèdent d’activités illicites, d’autre part. Les économies de guerre et les économies de la drogue ont une longue histoire commune, en Asie et ailleurs [McCoy, 2003].

 De fait, en Birmanie comme en Afghanistan, l’économie de l’opium a permis de financer en partie les efforts de guerre de certaines factions en conflit. Mais, si l’opium a été l’un des nerfs de la guerre pour les guérillas birmanes et afghanes, il a ensuite souvent tendu à en devenir l’un de ses enjeux. Les fortes synergies qui ont existé entre économie de guerre civile et économie de la drogue ont donc logiquement obéré les potentiels de développement politique et économique des deux pays. En effet, en plus d’avoir permis et même favorisé la prolongation des conflits et d’y avoir rendu plus difficile encore toute résolution de leurs crises, la « synergie » conflit – drogue a posé les fondations de la criminalisation des économies de paix de ces pays, compromettant donc potentiellement la stabilité de leurs États.

 À travers ses liens avec l’économie de la guerre, l’économie de l’opium a donc eu un effet déstabilisateur certain dans l’histoire récente de l’Afghanistan et de la Birmanie. Mais si l’économie de l’opium a viabilisé la perpétuation des conflits afghans et birmans, elle ne les a toutefois pas causés et les crises politico-territoriales et économiques actuelles des deux pays n’en procèdent pas non plus, en tout cas pas directement. L’économie de l’opium n’a d’ailleurs pas seulement fourni un financement plus ou moins important à certains belligérants ; elle a aussi permis à une partie de la paysannerie des deux pays de survivre tant bien que mal lors de longues périodes de dépression économique.

 Reconstruire l’État en supprimant l’opium ?

 L’Afghanistan et la Birmanie effectuent désormais tous deux de lentes et fragiles transitions vers des économies de paix. Ils doivent faire face aux nombreux et pesants héritages de leurs conflits respectifs, dont leur production d’opium, leur profond sous-développement et une grande pauvreté, particulièrement dans les zones rurales. Malgré les différences significatives qui les séparent, les deux pays présentent donc certains points communs. Deux nous intéressent particulièrement : leurs productions d’opium et leurs fragiles et relatives situations de paix.

 Les projets de suppression accélérée de l’économie de l’opium, en gestation ou en cours, qui risquent de compromettre la sécurité alimentaire des producteurs, constituent la principale similitude entre les deux pays. En Afghanistan, où une paix fragile et une sécurité relative autorisent la lente reconstruction de l’État, et en Birmanie, où les cessez-le-feu entre la junte et les armées rebelles se sont multipliés au cours de la dernière décennie, la question est désormais de savoir si l’économie de l’opium menace les transitions amorcées de déstabilisation. Le problème est, d’ailleurs, plus complexe puisqu’il s’agit aussi de savoir si les solutions consistant à éradiquer le pavot à opium ou à en interdire brusquement la culture ne sont pas, elles-mêmes, porteuses de conflictualité économique, sociale et politique. L’instauration d’un régime démocratique, même imparfait, contraste, en Afghanistan, avec le maintien, voire le renforcement, en Birmanie, d’un régime militaire et dictatorial, ce qui se traduit par une perception différente de la menace représentée par l’économie de l’opium. En Afghanistan, la menace majeure résiderait a priori dans l’économie de l’opium et dans sa capacité de financement de la résistance talibane et de l’insécurité, voire du terrorisme international, mais aussi dans la corruption d’État qu’elle génère et, surtout, aggrave. En Birmanie, où les conflits locaux perdurent depuis l’accès à l’indépendance en 1948, la menace majeure est davantage d’ordre politico-militaire et la xénophobie ainsi que l’isolationnisme de la junte au pouvoir pourraient remettre en question le maintien des cessez-le-feu qu’elle a passés avec les groupes ethniques de la périphérie du pays. La détérioration des relations entre la junte et la United Wa State Army (UWSA, groupe armé autonomiste issu de l’ethnie wa) remettrait ainsi vraisemblablement en jeu le processus en cours et quelque peu brutal de suppression de la production d’opium que l’UWSA a lancé dans la région qu’elle contrôle et qui était encore très récemment la source de l’essentiel de l’opium birman [Chouvy, 2005b].

 Mais au-delà de cette différence, les velléités et les modalités de suppression de l’économie de l’opium représentent un nouveau point commun aux deux pays, qu’elles soient initiées ou imposées par les organisations internationales et les pays donateurs comme en Afghanistan ou, comme en Birmanie, par la junte et certains groupes autonomistes. Dès lors que l’économie de l’opium contribue jusqu’à un tiers de l’économie afghane, l’une des moins développées qui soient, et qu’elle assure la survie de populations paysannes afghanes et birmanes parmi les plus pauvres, on peut redouter que des projets accélérés de suppression de l’opium constituent un risque sérieux de déstabilisation, sinon des États concernés, du moins de la construction de leurs économies de paix [Chouvy, 2005a]. Un tel risque est particulièrement important en Afghanistan où la population et son gouvernement doivent s’efforcer de sortir durablement de plus de vingt ans de guerre et de longues et complexes divisions partisanes, mais aussi d’une situation économique parmi les pires de la planète.

 Si, en Afghanistan, l’économie de l’opium permet d’alimenter une large corruption de l’État central et des autorités provinciales et de procurer des ressources à des acteurs opposés à la construction étatique actuelle, elle ne saurait toutefois être tenue pour cause ni de cette corruption ni de ces oppositions à la construction de l’État. Tout comme l’économie de l’opium a pu procéder des conflits afghans, elle est désormais pérennisée par le profond sous-développement du pays : elle est une conséquence de la crise politico-économique afghane. S’il y a donc un défi à relever en Afghanistan, outre celui de pérenniser la paix, c’est celui du développement économique, les deux objectifs étant bien sûr indissociables.

 Les risques d’une éradication forcée sans contrepartie économique

 Les risques présentés par les récentes expériences de suppression de la production d’opium menées en Birmanie ne sont pas absents en Afghanistan, même si, bien sûr, la situation birmane diffère de l’afghane sur plusieurs points. D’une part, l’enjeu étatique n’y est pas la reconstruction de l’État mais la fragilité de celui qui est en place et l’illégitimité de ceux qui sont à sa tête. D’autre part, le gouvernement militaire a, pendant des années, tacitement autorisé certains groupes ethniques autonomistes à recourir à la production et au trafic d’opiacés, dans le cadre des cessez-le-feu qu’il a conclus avec eux. En Birmanie, l’opium a pesé lourd, en termes stratégiques, dans la balance des négociations locales. La récente et importante réduction de la production, opérée dans un contexte de crise au sein de la junte, présente un sérieux risque de déstabilisation économique, sociale et politique, dès lors que la conduite des programmes de suppression est loin d’avoir été suffisamment préparée ou même accompagnée par des programmes de développement assurant des revenus alternatifs aux paysanneries concernées.

 La crise humanitaire qui a déjà frappé la région du Kokang, et qui menace désormais la région wa, procède directement des interdits visant la production d’opium que les groupes ethniques locaux et leurs armées (respectivement MNDAA et UWSA) ont proclamés. Bien que le comité central wa ait prévu d’interdire la culture du pavot dès 1990 et ait mis en place trois plans quinquennaux de développement qui ont quelque peu amélioré la santé publique, l’enseignement, les infrastructures et la production agricole [Milsom, 2005], des centaines de milliers de paysans continuent de faire face aux déficits pécuniaires et vivriers que l’interdit a causés. En effet, l’isolement tant géographique que politique des régions considérées, aggravé sinon expliqué par le statut d’État paria de la Birmanie, n’y a permis au départ que très peu d’interventions internationales susceptibles de contrebalancer le double déficit qui va désormais se manifester de façon croissante : déficit structurel en riz et déficit pécuniaire interdisant tout achat de riz, donc toute soudure [Chouvy, 2005b].

 Dans de tels contextes, les programmes d’élimination de l’opium par interdit et/ou par éradication, qui sont mis en place de façon précipitée et sans contrepartie économique suffisante, constituent une menace sécuritaire, dès lors qu’ils peuvent générer un conflit économique, social et, a fortiori, politique. La production d’opium, en Afghanistan et en Birmanie, n’est désormais plus, avant tout, une question de sécurité militaire mais clairement une problématique de sécurité alimentaire et, donc, économique. L’histoire de la « guerre contre la drogue », en Asie comme en Amérique latine, montre clairement, comme l’a souligné le dernier rapport de la Banque mondiale sur l’Afghanistan [World Bank, 2004], qu’interdiction et éradication du pavot à opium sont contre-productives lorsqu’elles ne sont pas précédées par la mise en place de programmes de développement autorisant la substitution d’une économie à une autre et de certains modes de vie à d’autres [Mansfield, 2006].

 Cela étant, les trente années de réduction de la production d’opium en Thaïlande illustrent, dans une certaine mesure, les succès qui peuvent être obtenus de façon durable dans ce domaine et dont l’Afghanistan pourrait s’inspirer. Même si les résultats thaïlandais ne sont pas parfaits et qu’ils ont prêté, comme certaines méthodes et moyens employés, à controverse, force est de constater que la production commerciale d’opium à grande échelle a été durablement supprimée du royaume. Ce succès est dû en grande partie au fait que le monarque thaïlandais a, d’emblée, placé les cultures de substitution et le développement intégré des hautes terres du pays comme préliminaire à toute suppression forcée du pavot. De fait, les premières introductions de cultures de substitution dans les zones de production d’opium ont pris place au début des années 1970, avant que des projets de développement rural intégré ne prennent la relève au cours de la décennie 1980 et que le développement alternatif participatif suive, dans les années 1990, chaque phase tirant des leçons des erreurs commises précédemment et cherchant à en corriger les effets pervers. Il est ici particulièrement intéressant de noter que ce n’est qu’en 1984 que les autorités thaïlandaises ont commencé à recourir à l’éradication forcée, une fois que les programmes et projets de développement furent largement engagés [Renard, 2001]. Le cas thaïlandais a donc montré, comme celui du Pakistan, où la production a été quasiment supprimée mais dans des conditions différentes, qu’une production illégale d’opium peut être durablement éliminée dans une région donnée lorsque des mesures de développement appropriées et conséquentes sont appliquées plusieurs années avant de recourir à la répression. Une leçon qui n’a, à l’évidence, pas été entendue au Laos, où la suppression accélérée de la production d’opium, durant les dernières années, a placé une grande partie de la paysannerie de l’opium dans une situation économique et sanitaire des plus problématique, et où un regain de culture du pavot a pris place en 2006.

 Certes, les résultats thaïlandais et pakistanais ne sont, en tout état de cause, que des succès relatifs dès lors que la baisse de leurs productions d’opium respectives a été compensée, aux échelles régionale et mondiale, par des hausses sur le territoire de certains de leurs voisins, tout particulièrement la Birmanie et l’Afghanistan. Bien que connu et prévisible, ce phénomène de « vases communicants » n’est jamais pris en considération lors de la mise en place de programmes de réduction des productions agricoles de drogues illicites et vient souvent s’ajouter, en tant qu’effet pervers, à ceux qui sont provoqués par les suppressions trop rapides. En effet, en plus de placer les populations productrices dans des situations de grave insécurité alimentaire, la répression de ces activités agricoles provoque des hausses systématiques des prix d’achat à la ferme et rend l’activité de production d’autant plus attrayante. En outre, en phase de transition d’économies de guerres vers des économies de paix, suppression et éradication précipitées et sans contreparties économiques portent en elles les germes d’une contestation sociale potentiellement délétère.

 L’éradication sans contrepartie présente, par ailleurs, de nombreux autres risques et induit de multiples effets pervers, tel un report sur la contrebande, le commerce des armes et les « économies de prédation » : trafic de personnes, prostitution, trafic de bois, d’espèces protégées, d’antiquités, etc. Elle est donc potentiellement productrice de conflit, alors qu’elle permet rarement de supprimer ou d’enrayer durablement l’activité visée, car elle ne s’attaque pas aux causes économiques du recours à la production agricole de drogues illicites. Elle ne fait au contraire qu’accentuer ces causes puisqu’elle aggrave la pauvreté et le sous-développement de pays et de populations productrices parmi les plus démunies de la planète.

 Le cannabis en Afrique : une alternative au développement ? 

Un impératif de production plus économique que stratégique

Bien que les superficies cultivées en cannabis soient vraisemblablement importantes en Afrique au sud du Sahara, que le continent soit le plus pauvre de la planète et que son histoire post-coloniale ait été marquée par une recrudescence de conflits armés de diverses natures, les connaissances relatives à l’économie du cannabis y sont, pour le moins, parcellaires. Une étude du Programme des Nations unies pour le contrôle international des drogues (PNUCID) affirmait en 1999 : « Il existe peu d’informations fiables sur l’extension de la culture du cannabis [dans le monde]. Bien que le cannabis soit la drogue illicite la plus consommée, les connaissances précises concernant les quantités produites sont bien plus limitées que pour d’autres plantes à drogue » [UNDCP, 1999]. C’est d’ailleurs probablement sur la situation africaine qu’existent les plus grandes lacunes, car on dispose de très peu d’études de terrain sur la production illicite de cannabis au sud du Sahara. Historiquement, les cultures de pavot à opium et de coca ont été beaucoup plus fréquemment et profondément analysées dans la littérature mondiale que celles du cannabis, si bien que c’est sur l’Asie et l’Amérique du Sud que se focalisent l’attention des organismes antidrogue et les projets de développement alternatifs des agences de coopération.

 Toutefois, sur la base des analyses existantes, on peut, de façon provocatrice mais pertinente, se représenter la production de cannabis en Afrique, en particulier en Afrique de l’Ouest, comme une possible « alternative au développement », l’économie du cannabis permettant à nombre de paysans africains de pallier le sous-développement auquel ils sont confrontés depuis des décennies. L’économie du cannabis serait garante d’un statu quo socioéconomique. Malgré le manque de sources, il est possible d’estimer que la production illicite de cannabis en Afrique subsaharienne a connu une forte hausse au cours des vingt-cinq dernières années, c’est-à-dire depuis la mise en place des programmes d’ajustement structurel (PAS). Cette augmentation a accompagné la dégradation des contextes économiques africains qui a stimulé à la fois l’offre et la demande de cannabis. La chute des prix des matières premières agricoles, les politiques de libéralisation des filières, couplées à des blocages écologiques, ont provoqué une chute, souvent brutale, des revenus de nombre d’acteurs du secteur agricole mais aussi du commerce et des transports. Les caisses des États, ainsi que les agents de l’État qui « taxent » de manière illégale mais habituelle les activités économiques, ont également souffert d’une perte de revenus du fait de la crise du secteur agricole.

 Les capacités d’adaptation du cannabis à des milieux écologiques très variés et même à des terres dégradées ou pauvres ont permis de valoriser des espaces devenus peu propices à d’autres cultures. Compte tenu de ces « performances », l’intégration du cannabis dans les systèmes de production est moins soumise aux critères agroéconomies qui les régissent : accès à la terre, au capital et au travail. Moins onéreuse à mettre en œuvre, la culture du cannabis est donc accessible à une très large gamme de paysans et semble s’imposer, dans les conditions actuelles, comme une culture alternative de première importance en Afrique de l’Ouest, mais aussi en Afrique centrale et en Afrique australe.

 Globalement, la production du cannabis en Afrique répondrait à des impératifs économiques bien plus que stratégiques, dès lors que le cannabis ne sert que très rarement au financement de conflits armés, à la différence de ce qui a pu avoir lieu en Afghanistan et en Birmanie avec l’opium, et de ce qui persiste en Colombie avec la coca. Le cannabis tient certes une place dans les conflits africains mais vraisemblablement moins en tant que ressource financière qu’en tant que produit de consommation permettant de doper les combattants [Perez, Laniel, 2004, p. 132-135]. En Afrique subsaharienne, le cannabis serait ainsi avant tout le symptôme de déséquilibres économique, politique et écologique, et non la cause de tels troubles. En d’autres termes, le développement de cette culture serait davantage une conséquence des problèmes du continent que l’un de leurs facteurs causaux.

 Cannabis dans le Rif : les limites du statu quo 

La question des liens entre production de cannabis et absence de conflit armé se pose aussi en Afrique du Nord, au Maroc, où la première enquête du Bureau des Nations unies sur les drogues et la criminalité (UNODC) a été menée en 2003 dans la région septentrionale du Rif, ancien protectorat espagnol qui borde la Méditerranée. Ainsi, l’agence onusienne confirmait, tout en la rendant publique, l’ampleur de la culture de cannabis au Maroc puisqu’elle estimait qu’au moins 130 000 hectares de cannabis y avaient été cultivés en 2003 [UNODC, 2003, p. 15], c’est-à-dire autant que de pavot à opium en Afghanistan en 2004 [UNODC, 2004, p. 1]. On peut ainsi poser la question du rôle et de la place du cannabis dans le contexte marocain en des termes très similaires à ceux concernant l’Afrique subsaharienne en s’interrogeant sur la façon dont la culture du cannabis est garante d’un certain statu quo et sur les conséquences économiques et sociales de l’échec vraisemblablement inévitable, à terme, d’un tel système [Chouvy, 2005c].

 Le Rif est l’une des régions les plus pauvres du Maroc, la densité de population y est trois fois plus élevée que dans le reste du pays et sa croissance démographique en est l’une des plus fortes. Les conditions naturelles y sont telles que la population majoritairement rurale peut difficilement développer une agriculture vivrière et commerciale suffisante, de sorte que la culture du cannabis permet de subvenir à ses besoins élémentaires. Le développement économique du Rif n’ayant jamais figuré parmi les priorités de l’État marocain, le cannabis y est devenu l’activité économique principale : 75 % des villages, soit 96 000 familles ou 800 000 personnes, y ayant recours d’après l’ONU. Le cannabis a permis, jusqu’à présent, de fixer une grande partie de la population dans la région mais aussi d’en modérer le ressentiment tant économique que politique.

 Aujourd’hui, avec le Rif, le Maroc est le premier producteur au monde de haschich, drogue illicite essentiellement exportée vers le marché européen, notamment la France. L’économie et, a fortiori, l’équilibre socioéconomique mais aussi politique du Rif dépendent de cette production, ce qui pose un problème de taille tant à l’État marocain qu’à l’Union européenne, puisque la production et la consommation de haschich sont illégales au Maroc et dans la plupart des pays de l’UE. Après la première enquête des Nations unies sur le cannabis au Maroc, l’État marocain, longtemps tolérant à l’égard d’une production qui lui permettait de pallier son incapacité ou son manque de volonté politique à gérer le développement du Rif, peut difficilement ignorer plus longtemps les problèmes économiques et sociaux de cette région. De même, l’UE et ses membres devront désormais agir face à un phénomène dont on a peine à croire qu’ils ignoraient l’ampleur… De surcroît, la surexploitation du milieu par une population croissant rapidement présente un sérieux risque de crise écologique et donc, à terme, dans ce contexte essentiellement agricole, de grave crise économique et sociale, ou même politique.

 La tolérance de cette activité illégale procède certes en partie du contexte culturel et politique de la région, les révoltes passées des Berbères du Rif donnant encore aujourd’hui du poids aux revendications qu’ils font de leur droit à cultiver le cannabis, droit qu’ils estiment avoir acquis grâce à ces rébellions (1921/1926 ; 1954 ; 1984) et en guise de réponse au profond sous-développement de leur région. Mais cette tolérance s’explique aussi par le caractère explosif que l’application effective d’une prohibition du cannabis aurait en termes économiques et sociaux dans la région et dans le pays, voire sur l’autre rive, toute proche, de la Méditerranée. L’économie agricole du cannabis régule en effet de façon importante l’emploi dans le Rif, surtout pour les jeunes paysans. Poussés par la pauvreté, quittant les espaces les moins pourvus en terre et en eau ou les villages soumis à des contrôles répétés, ils émigrent vers les régions demandeuses de main-d’œuvre. La culture du cannabis, elle, qui s’accommode de terres ingrates et même non irriguées, permet de limiter l’émigration de la population du Rif en assurant sa subsistance.

 Cette culture, pour illégale qu’elle soit, procède donc du statu quo qui, depuis l’accès à l’indépendance marocaine, existe entre l’État et les villages du Rif, sa tolérance par les autorités constituant une alternative à un sous-développement contre lequel elles n’agissent pas, d’une part, et une garantie de paix sociale et politique, d’autre part. On peut raisonnablement estimer que le cannabis a permis de stabiliser l’économie d’une région en marge du développement national. Cependant, les montagnes et vallées rifaines restent confrontées à la grande fragilité de leur équilibre écologique, à la perte des savoir-faire agricoles traditionnels et à la pression internationale qui demande l’élimination des plantes à drogues. Désormais, le Maroc devrait logiquement s’attacher à réduire les cultures de cannabis dans le Rif et leur trouver une alternative viable et durable, sinon parce que cette culture est illégale et que les pressions internationales vont aller croissant, du moins car l’équilibre écologico-économique de la région est menacé à court terme, l’augmentation de la population et la division foncière qu’elle implique ne semblant pouvoir s’accommoder de la disponibilité limitée des terres cultivables et de leur rapide et profonde dégradation. Le défi du cannabis du Rif est donc celui du développement économique durable d’une des régions les plus pauvres du pays dont la stabilité socio-économique est menacée.

 L’Afrique tout entière est donc concernée par l’économie du cannabis et les alternatives au développement ou les réponses au sous-développement qu’elle a constituées du Maroc à l’Afrique du Sud. Procédant clairement des inégalités socioéconomiques et du sous-développement, l’économie du cannabis pose deux problèmes de taille au continent africain : un problème écologique et un problème légal que seules des mesures politiques et économiques adaptées permettront de résoudre sans que les crises profondes de ces économies ne débouchent sur des conflictualités sinon majeures, du moins fortement déstabilisatrices.

 Coca en Amérique du Sud : palliatif du sous-développement sur fond de conflictualité sociopolitique

 Productions légale et illicite 

La coca n’est pas la seule « plante à drogue » cultivée en Amérique du Sud, mais elle est celle qui donne lieu aux questionnements les plus forts en termes de conflictualité, étant donné l’ampleur et l’intensité des mobilisations qu’elle suscite. Ni le cannabis, pourtant produit à très grande échelle au Brésil et au Paraguay (et dans des proportions souvent moindres dans les autres pays sud-américains), ni même le pavot à opium cultivé en Colombie et au Pérou, ne cristallisent autant de polémiques et de conflits, ni ne donnent lieu à autant de revendications.

 Encore faut-il préciser qu’en termes de relations entre coca et stabilité étatique, les situations des trois pays andins – Bolivie, Colombie, Pérou – bien que semblables par certains aspects diffèrent actuellement sur deux points cruciaux. Premièrement, en Bolivie et au Pérou, il existe une production légale de coca relativement importante. Celle-ci, de même que les transformations et la commercialisation des feuilles, est soumise à des mesures de contrôle étatique assez strictes. Malgré l’existence de quelques « passerelles », cette production licite est historiquement, géographiquement et socialement séparée du reste de la production de feuilles, dite « excédentaire » (car dépassant les quotas fixés par les législations nationales) qui est, à ce titre, visée par les programmes gouvernementaux d’éradication. En Colombie, certains groupes indiens cultivent de la coca dont ils consomment eux-mêmes les feuilles, et ces activités sont tolérées par les autorités. Rarement évoquée parce qu’extrêmement marginale, cette production traditionnelle n’a rien de comparable avec le gros de la production colombienne de feuilles de coca (même si, là encore, il existe des ponts). Alimentant les laboratoires de cocaïne, cette dernière est taxée « d’illicite » et ciblée par l’éradication. Deuxièmement, seule la Colombie, de loin le premier producteur mondial de feuilles de coca, connaît depuis des décennies un conflit armé sur son territoire, sur lequel la production de coca et le trafic de cocaïne ont un impact, notamment parce qu’ils financent les belligérants. L’évolution de ce conflit peut avoir un impact sur les productions agricoles illicites en Colombie même, mais aussi, du fait des « vases communicants » déjà évoqués, en Bolivie et au Pérou.

 La coca : ressource économique et levier politique ? 

Les sources et les enjeux du conflit colombien, sur lequel nous reviendrons, nous ramènent toutefois à une problématique commune aux trois pays : le contrôle du territoire et des ressources, licites et illicites, qui en sont issues. La paix au sein de ces trois États a pu être affectée par l’existence d’une production illicite de coca. Néanmoins, celle-ci a lieu précisément sur des territoires où ces États, bien qu’étant nominalement souverains, ont été, et restent le plus souvent, concrètement absents. Bien plus, ces zones périphériques, autrefois réputées « vierges » (mais en fait peuplées d’Indiens), situées sur les contreforts orientaux des Andes – les pentes amazoniennes de la Cordillère, où l’on cultive la coca depuis deux mille ans au moins – et dans les plaines qui les prolongent, ont été rebaptisées « frontières agricoles » par les gouvernements des années 1970. Des dizaines de milliers de migrants internes s’y sont installés entre les années 1980 et 1990. En Colombie, ces migrants fuyaient la violence sévissant autour du foncier dans leur région d’origine du fait de l’absence de réforme agraire dans un contexte de forte concentration de la propriété terrienne. Ils ont trouvé refuge dans les départements amazoniens du Sud profond : Caquetá, Guaviare, Putumayo, Vaupés et, plus récemment, Nariño. Au Pérou, ils espéraient échapper aux ravages du chômage et de l’inflation galopante, fruits de la « crise de la dette », en gagnant la Selva Alta (Haute forêt), où ils furent parfois victimes du Sentier lumineux. Enfin, en Bolivie, la crise de la dette et l’ajustement structurel ont engendré la fermeture des mines d’étain, premier employeur du pays, et la migration en masse vers la plaine amazonienne du Tropique de Cochabamba, dite « Chapare », des anciens mineurs reconvertis en cocaleros (cultivateurs de coca). La pauvreté endémique qui sévit depuis des décennies dans de nombreuses zones rurales du pays continue à alimenter les migrations vers le Chapare.

 Le peuplement somme toute récent de ces fronts pionniers amazoniens a ainsi été encouragé, peu ou prou, par les trois États, pour qui celui-ci a joué le rôle de « soupape ». Pouvait ainsi s’épancher un « trop plein » de population que l’économie formelle (et informelle urbaine) ne parvenait pas (ou plus) à intégrer, et qui aurait sans doute fini par provoquer des troubles politiques s’il n’avait pu ainsi s’évacuer, du moins temporairement. Soupape que lesdits États se sont, par la suite, empressés d’oublier. En effet, les infrastructures de développement et les équipements (routes, électricité, adduction d’eau, écoles, dispensaires, etc.) promis par les gouvernements ne se sont jamais matérialisés. Dès lors, les seules cultures de rente possibles dans ces zones sont celles qui sont illicites. La coca, en particulier, qui est facilement transportable sous forme de « pâte de coca » (ou sulfate), et dont le prix permet de rémunérer le travail et les investissements réalisés par les producteurs.

 C’est donc globalement la préexistence d’un sous-développement économique en Bolivie et au Pérou, doublé d’un conflit armé en Colombie, qui explique, dans une large mesure, le développement de la culture de la coca depuis les années 1980. Culture qui contribue certes à perpétuer et le sous-développement (dont elle a même permis, un temps, de pallier certains effets) et le conflit armé qui aggrave le sous-développement mais sans en être la cause.

 Le facteur américain

 Toutefois, ce n’est pas ce diagnostic qui prévaut au sein des gouvernements andins, et moins encore à Washington pour qui les plantations illicites sont avant tout un facteur majeur d’instabilité dans les Andes et une menace à la sécurité nationale des États-Unis. À cet égard, la plupart des gouvernements andins ont subordonné depuis vingt ans leurs politiques, en particulier en matière de drogues, mais aussi d’économie et de commerce, aux souhaits états-uniens. Une telle soumission s’explique, au moins en partie, par la posture intransigeante, voire intimidante, adoptée par Washington vis-à-vis de son « pré carré » latino-américain. En effet, les États-Unis considéreraient désormais qu’existe « un lien causal entre l’instabilité en n’importe quel point de l’hémisphère [occidental] et une menace à la sécurité des États-Unis », et se disent prêts à contrer « les menaces non territorialisées émanant de gouvernements, et d’acteurs politiques régionaux « hostiles » ou « disruptifs » » [Manwaring, 2001, p. 5]. Les intérêts américains ne sont pas forcément conformes à ceux de tous les secteurs des sociétés andines. En particulier, les récents traités de libre-échange que les États-Unis ont signés ou qu’ils souhaitent signer avec les pays andins pourraient bien s’avérer des facteurs de conflit, par exemple s’ils conduisent au remplacement de certaines productions agricoles nationales (céréalières, notamment) par des importations de produits subventionnés américains[2].

 Des programmes d’éradication forcée des champs de coca fonctionnent en Colombie et au Pérou, tandis qu’en Bolivie la suppression est désormais effectuée en concertation avec les cultivateurs dans le cadre d’une politique dont la dénomination officielle est « rationalisation de la culture de coca ». C’est le programme mis en œuvre dans le Sud colombien dans le cadre du Plan Colombie (et des programmes qui lui ont succédé depuis qu’il a pris fin en septembre 2005, tel le Plan Patriota) qui, par son volet militaire, implique la forme la plus immédiate de conflictualité. Il s’est en effet accompagné d’une offensive militaire (et paramilitaire[3]) sans précédent, destinée à reprendre le contrôle du territoire à la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) qui ont lancé une contre-offensive. Mais tandis que l’armée colombienne est effectivement parvenue à asseoir son autorité sur des secteurs où la guérilla faisait auparavant la loi, le reste de l’appareil d’État échoue à s’implanter dans ces régions reculées. Et s’il est relativement aisé d’occuper militairement un territoire, le gouverner est une toute autre affaire. Cela suppose la mobilisation de ressources civiles légitimes ainsi qu’une véritable volonté politique, ces deux conditions étant, en l’occurrence, loin d’être remplies [Isacson, 2005]. Il en résulte que l’État n’est incarné, pour les habitants de ces zones – où il a été historiquement absent –, que sous la forme d’un groupe armé de plus, c’est-à-dire sans légitimité plus forte que les autres. Ce même État est, en outre, responsable de la destruction des champs de coca (principale source de revenu monétaire des populations locales) au moyen d’aspersions aériennes d’herbicide [exposition ici] qui détruisent parfois également les cultures vivrières. Parallèlement, les programmes de développement alternatifs censés pallier les effets de la disparition des plantations illicites s’avèrent très insuffisants. L’aspersion aérienne, mesure d’inspiration américaine mise en œuvre par des compagnies américaines sous contrat avec le Pentagone, délégitime l’État colombien car elle affaiblit la démocratie et les droits de l’homme de par sa posture autoritaire, et mine la souveraineté nationale par l’intervention ouverte et sans contrainte des États-Unis dans les affaires colombiennes. Le paradoxe ironique est ici que cette perte de légitimité et de souveraineté est justifiée par un discours sur la gouvernance, la stabilité et l’ordre. L’autre ironie paradoxale, c’est que le Plan Colombie et ses successeurs n’ont pas permis de réduction significative des surfaces plantées en coca. Au contraire, les dernières données disponibles indiquent leur augmentation, ainsi que leur dispersion sur l’ensemble du territoire colombien[4].

 Les paysanneries criminalisées s’organisent : les mouvements cocaleros

 Les programmes d’éradication forcée appliqués au Pérou et en Bolivie n’ont officiellement pas eu recours à des produits chimiques aux effets mal connus, mais ils ont été mis en œuvre manuellement par des unités militaires ou policières paramilitarisées dont le concept et souvent le financement proviennent, eux aussi, directement de Washington. Introduits dans les années 1990, ils ont été suivis de réduction des superficies plantées en coca dans les deux pays (alors qu’elles augmentaient en Colombie), mais rien n’indique que cette diminution sera durable à long terme. Cette incertitude est notamment due au fait que la réduction a été obtenue au prix de nombreux et violents affrontements avec des cocaleros de mieux en mieux organisés. En Bolivie, les organisations des cultivateurs de coca « licite » et « excédentaire », marquées par une longue expérience de syndicalisme et de corporatisme héritée de la « révolution » de 1952, sont particulièrement bien structurées. Les cocaleros ont montré qu’ils pouvaient résister à l’éradication et faire valoir leurs revendications, serait-ce au prix de leur liberté et parfois de leurs vies [Spedding, 2004]. Sur fond de grand mécontentement social, ethnique et politique, ainsi que de graves difficultés économiques dans le pays le plus pauvre du continent, les cocaleros boliviens sont parvenus à bâtir autour d’eux une vaste coalition politique : le Mouvement vers le socialisme (Movimiento al socialismo – MAS). Le MAS a gagné les élections générales de janvier 2006 et a vu son leader, Evo Morales Aima, un cultivateur de coca aymara, accéder à la présidence d’un pays majoritairement indien mais jusque-là gouverné par des créoles blancs ou métis.

La plate-forme politique du MAS, nationaliste et indianiste, allie rejet de « l’impérialisme américain » et de ses politiques « néolibérales » et construction d’une identité indienne moderne. Le symbole de cette identité n’est autre que la feuille de coca, dont Morales entend désormais légaliser entièrement la culture et en faire l’une des composantes de sa stratégie économique et politique : le « développement avec coca » (desarrollo con coca). Afin d’empêcher son utilisation pour la fabrication de cocaïne, il souhaite confier le contrôle de la production aux syndicats cocaleros. Dans ce cadre, le président rêve de réformer la législation internationale interdisant le commerce de la feuille de coca hors des frontières de la Bolivie pour permettre à son pays d’en exporter à l’étranger. Cette stratégie est risquée, car les États-Unis sont résolument opposés aux options nationalistes du MAS et plus encore à toute légalisation de la coca. En outre, d’autres facteurs géostratégiques pourraient venir peser sur le conflit boliviano-américain de la coca. La nationalisation des hydrocarbures boliviens [photos ici] effectuée en mai 2006 par Morales, bien qu’affectant principalement des entreprises espagnoles et brésiliennes, n’est pas du goût de Washington, pas plus que le rapprochement diplomatique et économique entre La Paz, La Havane et Caracas (siège du régime bolivarianiste d’Hugo Chávez, honni à Washington). Evo Morales espère notamment que Cuba et le Venezuela seront les premiers importateurs licites de coca bolivienne, s’il parvient à en légaliser le commerce international.

 Au Pérou, les 50 000 cultivateurs de coca de la Selva Alta restent, en matière d’organisation, encore assez loin derrière leurs homologues boliviens, chez qui ils cherchent soutien et inspiration. Le potentiel de violence tient ici au fait que nombre de ces cultivateurs ont pris part aux rondas campesinas, ces milices rurales mises sur pied par l’armée péruvienne afin de lutter contre le Sentier lumineux au cours des années 1990. Les cocaleros péruviens entretiennent ainsi une rancœur tenace contre cet État qui, hier, les enrôlait contre son ennemi maoïste mais qui, aujourd’hui, éradique leurs champs de coca. Le blocage des routes et les manifestations qu’ils organisent périodiquement pour demander que cesse l’éradication leur permettent parfois de rappeler qu’ils ont conservé certaines des armes que l’État avait distribuées aux milices.

 En Colombie, le mouvement cocalero qui s’était formé dans le sud du pays à la fin des années 1990 n’existe plus, victime de la guerre civile. Impuissants à empêcher la récupération par les FARC de ses revendications, exprimées notamment lors de fortes mobilisations en 1999, la plupart de ses leaders ont fui la région, ont été emprisonnés par les autorités ou assassinés par les paramilitaires [Ramírez, 2001]. Désormais, la production de coca est en Colombie presque entièrement encadrée par des groupes armés.

 Quel bilan de vingt-cinq ans de « guerre contre la drogue » en Colombie ?

 Après vingt-cinq ans de nombreux et infructueux programmes d’éradication et de développement alternatif, les superficies plantées en coca n’ont, à peu de chose près, jamais été aussi importantes, et les paysans qui en vivent, aussi nombreux. Le conflit colombien n’a pas pris fin, mais redoublé d’intensité. Il s’est transformé en une guerre à trois camps, dont deux au moins – les mouvements de guérilla rurale et les paramilitaires qui les combattent – se financent en « taxant » la production de coca (et de pavot) et le trafic de cocaïne, lorsqu’ils n’en sont pas tout simplement les organisateurs. Les revenus illicites y alimentent également une corruption historiquement très répandue parmi les forces militaires et policières (comme en Bolivie et au Pérou). La Colombie reste aujourd’hui, et de loin, le premier producteur mondial de feuilles de coca et de cocaïne. Mais qu’en est-il de sa conflictualité ? Les négociations récentes entre les paramilitaires (c’est-à-dire le belligérant le plus impliqué dans le trafic de drogue) et le gouvernement Uribe ont abouti à l’adoption d’une loi dite de « justice et paix ». Cette loi doit permettre la démobilisation des miliciens d’extrême droite. Ce processus marque peut-être le début d’une transition entre économie de guerre et économie de paix dans les régions de Colombie les plus affectées par le conflit (dont celles du Sud du pays où est produite la majorité de la coca) et donc l’avènement d’une certaine forme de stabilité. Mais la loi semble entériner le pouvoir politique de facto que des « seigneurs de la guerre » paramilitaires ont conquis dans certaines provinces colombiennes et conforter leur pouvoir économique. Ce dernier est souvent fondé sur la concentration de la propriété et du revenu agraires ainsi que sur les trafics (dont la cocaïne) et la prédation. De sorte qu’il faudrait admettre que cette nouvelle stabilité – qui ne saurait encore se nommer « paix » car les guérillas n’ont pas désarmé (cf. supra) – est bâtie sur l’impunité octroyée à de petits fiefs autoritaires régionaux vivant d’une économie de trafic et de prédation [Duncan, 2005].

 De même qu’il n’est pas certain qu’une telle forme de « stabilité illégitime » soit durable politiquement, car elle fait taire mais ne résout en rien les revendications qui sont à l’origine du conflit, il est douteux que le modèle de « développement » qu’elle promeut le soit: l’exploitation de rentes trafiquantes et la prédation des ressources naturelles, en connexion avec le marché mondial.

 Quelles relations entre production de drogue et conflictualités intra-étatiques ?

 Les pays étudiés sont pour la plupart les premiers producteurs mondiaux des matières premières agricoles (opium, coca et cannabis) permettant la fabrication des trois familles de drogues illicites d’origine naturelle les plus consommées au monde : héroïne ; cocaïne et crack ; marijuana et haschisch. Bien que très divers, tous sont des pays en développement et parmi les plus pauvres de la planète. Leurs gouvernements respectifs sont signataires des principales conventions internationales en matière de drogue et, à ce titre, mettent en œuvre, selon les moyens dont ils disposent, des politiques de lutte contre les productions illicites ayant cours sur leurs territoires. Ils sont, en outre, récipiendaires de programmes d’aide bilatéraux et multilatéraux destinés à la formation et à l’équipement de leurs forces de sécurité en matière de lutte antidrogue. Ces pays s’insèrent donc au sein d’un double réseau mondialisé fonctionnant à la fois pour, par et contre les drogues illicites : le marché transnational des marchandises illicites et l’appareil militaro-sécuritaire international en effectuant la répression.

 Pourtant, les pays et régions considérés se différencient par le fait qu’ils connaissent des conflits armés ou de relatives paix sociales, leurs stabilités internes étant diversement affectées ou prolongées par le recours de certaines parties de leurs paysanneries à la production de drogues illicites. Il est évident que, depuis les années 1980 au moins, la production agricole de drogues joue un rôle primordial dans ces régions marquées par des crises agricoles, sociales, économiques, voire identitaires qui donnent, ou pourraient donner, lieu à des violences ou à de véritables conflits armés.

 Mais il est tout aussi évident que ce recours n’a pas eu le même impact partout. En Afghanistan et en Birmanie, l’opium, un temps devenu l’un des enjeux principaux des conflits qu’il avait nourris, pose maintenant la question de la survie de populations pauvres qui sont confrontées à ce que la construction de la paix implique : la suppression, au risque du conflit, d’économies qui leur ont été imposées et dont elles dépendent désormais. En Bolivie et au Pérou, c’est la pérennité des cultures de coca, au Maroc, de cannabis, et donc du mode de vie des dizaines de milliers de familles qui y travaillent, qui est l’enjeu de conflits dont l’intensité semble dépendre, au moins partiellement, des stratégies adoptées pour les faire disparaître (éradication forcée et concertée et cultures de substitution). En Afrique de l’Ouest, enfin, le recours au cannabis apparaît comme une réponse efficace à des blocages, essentiellement fonciers (épuisement des réserves forestières) et écologiques (salinisation des terres, avancées du désert, érosion due aux activités humaines, etc.), menaçant une paix sociale basée en grande partie sur les cultures de rente.

 Les denrées agricoles que sont l’opium, la coca et le cannabis pèsent lourd dans les balances de négociations locales, en termes politiques, économiques, et même géopolitiques : dans l’attente du développement du pays, la stabilité, certes fragile, de l’Afghanistan dépend à première vue du maintien des ressources et revenus de la production d’opium. Il en va de même en Bolivie, où un conflit entre le nouveau gouvernement qui défend désormais les intérêts cocaleros – « rationalisation », « développement avec coca » – et les États-Unis – « éradication » – change la donne mais conserve sa conflictualité. Au Pérou, les négociations entre les groupes de cultivateurs de coca et le nouveau gouvernement d’Alan García, vainqueur des élections générales de mai 2006, n’ont guère progressé. Les cocaleros, jusqu’ici criminalisés, semblent toutefois sortir renforcés du scrutin qui a permis à deux des principales dirigeantes de leur mouvement de devenir députées d’opposition. Elles entendent désormais promouvoir au Pérou une politique de la coca semblable à celle d’Evo Morales. L’issue du conflit sociopolitique péruvien de la coca reste plus que jamais incertaine [Cabieses et al., 2005]. En Birmanie, la junte au pouvoir a tacitement autorisé la production et le commerce de l’opium à certaines des armées rebelles avec lesquelles elle a signé des cessez-le-feu, là aussi fragiles et pour le moins temporaires. Au Maroc, le maintien de l’équilibre sociopolitique et économique dans la région majoritairement berbère du Rif est également dû en partie à la tolérance par l’État de la culture du cannabis qui y a cours et qui s’est considérablement développée lors des dernières années. En Afrique de l’Ouest, enfin, les cultures de cannabis permettent aussi d’atténuer la crise, mais en soutenant les monocultures d’exportation, elles aussi en crise.

 Certes, les cultures de rapport illicites sont en général infiniment plus rentables que les cultures vivrières (riz, blé, orge, maïs, pomme de terre, haricots, igname, yucca, etc.) ou même que les (autres) productions de rente réalisables (safran, hévéa, thé, fruits, cacao, café, palme, agrumes, etc.), et il est tentant d’expliquer qu’on y ait recours par ce seul critère économique. Mais les productions agricoles illicites prolifèrent particulièrement dans les contextes de conflit armé (Afghanistan, Birmanie, Colombie) ou de crise sociopolitique ouverte ou latente (Afrique subsaharienne, Bolivie, Maroc, Pérou). Elles ne relèvent donc pas uniquement, ni peut-être même principalement, de problématiques économiques mais procèdent bien de contextes politiques marqués par des rapports de force et des relations de pouvoir complexes, souvent transnationalisés [Chouvy, Laniel, 2004].

 À travers le jeu des différents acteurs nationaux et internationaux et la configuration des relations de pouvoir autour du territoire et de ses productions illicites, mais aussi par celles-ci, ce sont de véritables dimensions géopolitiques que l’économie des drogues illicites prend dans des contextes politico-territoriaux aussi différents que ceux de l’Asie centrale et du Sud-Est, de l’Amérique andine, du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest. Ainsi, les instrumentations multiples auxquelles donne lieu le recours à l’économie des drogues par les acteurs de ces configurations de pouvoir permettraient, selon les contextes, de prolonger des conflits, de générer des situations conflictuelles ou, à l’inverse, de maintenir une relative paix sociale.

 Mais les contextes et les enjeux du recours à l’économie des drogues illicites dans les pays concernés ne sont pas seulement géopolitiques, de sorte que leur étude requiert la prise en compte de facteurs supplémentaires. En effet, si l’on peut raisonnablement estimer que ce sont clairement des contextes politico-territoriaux conflictuels qui y ont permis l’émergence et le développement de productions agricoles illicites à ces échelles[5], il va sans dire que les niveaux de développement et les contextes environnementaux des pays et des régions concernés sont aussi déterminants. On comprend dès lors que les enjeux internationaux des drogues illicites dépassent largement la seule problématique sécuritaire, ou à tout le moins qu’il convient de les envisager dans le cadre d’un concept de sécurité plus vaste, incluant notamment, outre un aspect sanitaire évident, la sécurité alimentaire et ce qu’on pourrait qualifier de « sécurité environnementale » ou « écologique ». Loin d’être du ressort exclusif des États producteurs de drogues illicites, ces derniers concepts s’insèrent, eux aussi, dans une problématique de relations internationales.

Ce panorama de la production agricole de drogues illicites ne serait pas complet sans évoquer la « guerre contre la drogue », initiée au début des années 1970 par l’administration Nixon, qui affecte et peut même compromettre directement la stabilité des États concernés. En effet, depuis plus d’un quart de siècle, la politique américaine a maintenu comme objectif principal des efforts antidrogue internationaux de réduire l’offre de drogue dans les pays producteurs. Le recours aux campagnes d’éradication a ainsi été généralisé, sur tous les continents, quels que soient les contextes et en dépit des conséquences contre-productives et des effets pervers engendrés. Trente ans de « guerre » ont ainsi accompagné l’accroissement des superficies cultivées en coca et en pavot mais aussi, si le seul exemple du Maroc devait être considéré, en cannabis. Et, malgré un coût total estimé à 150 milliards de dollars [McCoy, 2004, p. 26], elle n’a pas seulement échoué à réduire les superficies cultivées et les quantités produites, mais a aussi déplacé et dispersé les cultures dans l’espace mondial, tout en contribuant largement à la militarisation de certains contextes agricoles de production.

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NOTES

[1] Cet article fait suite à la conférence « Production de drogue et stabilité des États » organisée par les auteurs, le Secrétariat général de la Défense nationale (SGDN) et le Centre d’études et de recherches internationales (CERI), le 6 octobre 2005 à Paris. Un rapport bilingue portant le même titre a été rédigé par les auteurs et produit par le SGDN et le CERI à la suite de cette conférence ; cet article s’en inspire largement (le rapport peut être consulté sur le site de l’INHES ainsi que sur les sites http://www.geopium.org et http://laniel.free.fr où est également disponible la liste des participants à la conférence).

[2] Le 28 juin 2006, le Parlement péruvien a ratifié le Traité de libre-échange signé avec les États-Unis en décembre 2005, en dépit des protestations des syndicats et de certains patrons péruviens, notamment du secteur agricole. Cet accord prévoit l’élimination immédiate des droits de douanes sur 80 % des importations en provenance des États-Unis et la disparition de toute barrière douanière aux importations américaines d’ici dix ans. Un traité de libre-échange très similaire a été signé, le 6 février 2006, entre les États-Unis et la Colombie et est en cours de ratification [Jackson, 2006]. Officiellement, la Bolivie continue actuellement (août 2006) de négocier un traité de libre-échange avec les États-Unis et tente d’obtenir des conditions plus favorables que ces voisins andins.

[3] Sur l’offensive paramilitaire dans le Sud colombien à partir de 1999 et ses conséquences sur la production de coca et de cocaïne, cf. Jansson [2005]. Cet article est tiré du dossier du n° 59 des Cahiers de la sécurité consacré à la problématique colombienne, sous le titre « Drogue et antidrogue en Colombie. Production et trafic illicites, conflit armé, interventions étatiques ».

[4] Les superficies plantées en coca en Colombie seraient ainsi passées de 80 000 hectares en 2004 à 86 000 ha en 2005 (soit 8% d’augmentation), alors même que les superficies aspergées d’herbicide ont augmenté de 2% en 2005 (136 550 ha en 2004 contre 138 775 ha en 2005) et que 31 285 ha de cocaïers ont été supprimés manuellement (contre 2 589 ha en 2004) [UNODC, 2006c, p. 6]. La coca était cultivée dans 12 des 32 départements colombiens en 1999, contre 23 en 2005 [id., p. 7]. 

[5] En 2005 : 25 400 hectares en Bolivie, 48 200 ha au Pérou, 63 400 ha en Birmanie, 104 000 ha en Afghanistan et, réalité moins connue et décriée, 120 500 ha au Maroc (2004) [UNODC, 2006b, p. 9 ; 2006d, p. 6 ; 2005b, p. 1 ; 2006a, p. 39 ; 2005a, p. 13 ; respectivement].

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